Le Miamdex
« Il n'en veut pas. »
On s'en occupe, aliment par aliment.
Chaque aliment a ses raisons d'être refusé, et sa manière de se faire apprivoiser. Pour chacun : son Miamou, ses pouvoirs dans le corps, les erreurs classiques, la méthode des rencontres minuscules et deux recettes. C'est ce qu'on appelle le Miamdex : le registre des aliments, une fiche à la fois.
Vous cherchez plutôt par âge que par aliment ? Ce qui est ordinaire à 3, 5, 7 et 10 ans, et le test en neuf questions si vous voulez d'abord situer où vous en êtes.
L'artichaut
L'artichaut est le seul plat de votre table où **jeter la plus grande partie de ce qu'on porte à sa bouche est la règle**, pas une entorse. On tire une feuille, on racle sa base entre les dents, et le reste part dans un bol au milieu de la table. Pour un enfant qui s'entend dire depuis trois ans de finir et d'avaler, c'est une nouvelle assez énorme. C'est aussi à peu près tout ce qu'il faut pour démarrer : l'artichaut porte dans sa forme la permission que la méthode met des semaines à installer ailleurs.
L'asperge
Commençons par l'argument qui marche vraiment à six ans : **environ un quart d'heure après en avoir mangé, le pipi sent l'asperge**. C'est vrai, c'est spectaculaire, et c'est à peu près le seul légume qui offre à un enfant une bonne raison d'essayer sans qu'on ait rien à négocier. Le reste de cette page sert à ce que la première bouchée ne gâche pas la curiosité : car si vous lui tendez une asperge entière, il mordra dans le bas, qui est dur et filandreux, et l'affaire sera close pour dix ans.
🍆 L'aubergine
Une aubergine ratée, votre enfant la reconnaît avant vous : **c'est une éponge tiède qui rend l'huile qu'elle a bue**. Sa chair crue est une mousse pleine de bulles d'air. Sous-cuite, elle reste caoutchouteuse. Poussée jusqu'au bout, elle devient fondante, presque sucrée. L'adversaire n'est pas le goût, c'est la cuisson faite à moitié.
La betterave
Elle a tout pour lui plaire : rose vif, sucrée, elle tache les doigts. Et elle repart quand même. Ce qui coince en premier, ce n'est pas sa couleur, c'est **l'odeur de terre après la pluie** : la géosmine, que certains nez repèrent à des doses minuscules. Le vôtre la sent peut-être à peine, le sien la prend en pleine figure.
🥦 Le brocoli
Chez vous aussi, le non arrive avant l'assiette ? L'odeur du brocoli qui cuit traverse le couloir, et c'est réglé avant même qu'il l'ait vu. Ce n'est pas de la mauvaise volonté : l'amertume, votre enfant la perçoit plus fort que vous. Cru, le même brocoli sent l'herbe coupée et croque comme une pomme. C'est par là qu'on recommence.
🥕 La carotte
Il croque les bâtonnets crus de l'apéritif et repousse les rondelles du pot-au-feu. Ou exactement l'inverse. La carotte est le deuxième légume frais le plus acheté en France, juste derrière la tomate : le refus ne porte donc presque jamais sur la carotte, il porte sur **une forme précise**. Crue elle craque, bouillie vingt minutes elle s'affaisse.
🍄 Les champignons
Le morceau gris dans la sauce, il l'a repéré et repoussé au bord de l'assiette. Son goût n'y est pour rien : le champignon est doux, presque pas d'amertume et aucun piquant. C'est **la poêle qui décide de tout** : fait de plus de 90 % d'eau, il en ressort soit gris et mou, soit doré et croquant sous la dent. Ajoutez son identité bizarre, ni plante ni animal, poussé dans le noir sur du compost.
Le chou-fleur
Il est blanc. Pas vert comme un légume, pas orange comme une carotte : blanc, comme les pâtes, le riz, tout ce qu'il aime déjà. Sa bouche attend du doux, elle reçoit du chou. Ajoutez l'odeur qui envahit la cuisine à la cuisson : le refus devient logique. Pourtant, **rôti au four** ou **râpé cru**, le même chou-fleur croustille et sent la noisette.
🍋 Le citron
Le citron est le seul fruit de ce site que personne ne mange entier, pas même vous. Il se rencontre en gouttes, en zeste, en parfum, et c'est une chance : **la dose minuscule par laquelle on apprivoise un aliment est ici la dose normale**, celle des adultes. Deuxième particularité, la grimace : chez beaucoup d'enfants, la bouche qui se plisse au goût acide part toute seule, comme un réflexe, avant toute décision. Une grimace n'est pas un verdict : un enfant peut grimacer et retendre la main dans la même minute. Si vous avez classé le citron dans les aliments détestés sur la foi d'une grimace, cette page plaide pour le reclassement.
🥒 La courgette
Vous avez déjà tout tenté : la courgette vapeur, la courgette noyée dans la sauce, le marché avec le dessert. Et elle revient, intacte, sur le bord de l'assiette. Bonne nouvelle : ce refus a des raisons précises et normales, et la recherche décrit une méthode qui ne demande ni de forcer, ni de ruser. Elle demande des rencontres. Beaucoup de petites rencontres.
Les épinards
Vous connaissez la sensation : après une assiette d'épinards, les dents sont râpeuses, comme couvertes de craie. Votre enfant la sent aussi. La texture n'aide pas : une pleine casserole de feuilles s'affaisse en trois cuillères de vert humide. Son non décrit bien l'épinard cuit. La jeune pousse crue, elle, croque : **presque un autre légume**. C'est par là qu'on recommence.
La framboise
Une framboise n'est pas un fruit : c'en est **40 à 80**, collés les uns aux autres, et chacun porte sa graine. Votre enfant l'a compris avant nous : un fruit qui fond, et au milieu des grains qui croquent. Beaucoup d'enfants aiment le goût de la framboise et refusent sa texture, et ce n'est pas du tout le même problème. On ne travaille donc pas le goût, on travaille le grain. Et on commence par la plus petite dose qu'un fruit puisse offrir : une seule de ses billes, détachée à l'ongle.
🧀 Le fromage
« Il n'aime pas le fromage. » Dans un pays qui en compte des centaines, la phrase ne dit presque rien. **Le fromage dur, le fromage mou et le fromage blanc sont trois aliments différents pour sa langue** : trois textures, trois odeurs, trois façons de fondre. Souvent, il n'en refuse qu'un, celui qui sent, et le mot a rayé les deux autres avec lui. Cette page part du fromage dur, comté, emmental, beaufort, celui qu'on donne vraiment aux enfants.
Les haricots verts
Le haricot vert qui revient intact a souvent un fil, et il est mou. Sorti d'une boîte ou oublié dix minutes de trop dans l'eau, il vire au gris-vert et **se plie sans casser**. Comme il n'a presque aucun goût, rien ne compense. Le même haricot extra-fin, cuit cinq minutes et refroidi d'un coup, croque et se tient entre deux doigts. C'est par là qu'on recommence.
🍯 Le miel
Un enfant qui refuse du sucre, personne n'y croit. C'est pourtant courant avec le miel, et pour une raison honnête : **le miel n'est pas que sucré**. C'est un parfum de fleurs très concentré, qui colle à la cuillère, aux doigts et au palais, et qui reste en bouche longtemps après la tartine. Avant de commencer, posons deux choses. Le miel est un plaisir, pas un aliment santé : on ne va donc ni l'interdire, ni le transformer en récompense. Et jamais de miel avant 1 an : la page y revient, cette consigne-là protège les plus petits de la maison.
Le navet
Le navet est le seul légume dont le nom sert d'insulte. Un mauvais film, c'est **un navet** : le verdict est dans le dictionnaire, et votre enfant l'entendra bien avant d'en avoir goûté un. Le reste suit tout seul. On l'a mangé bouilli à l'eau pendant deux guerres parce qu'il n'y avait pas grand-chose d'autre, et c'est ce navet-là, gros et filandreux, qui a fait la réputation de tous les autres. Le petit navet de printemps, cru, n'a rien à voir : il croque comme un radis et il est légèrement sucré. C'est par celui-là qu'on recommence.
🍳 L'œuf
Chez vous aussi, il mange le blanc et pousse le jaune sur le bord ? Ou l'inverse ? **Dans une coquille, il y a deux aliments, pas un.** Le blanc est presque de l'eau, le jaune est gras : ni la même chaleur pour durcir, ni la même façon de rater. Pas du caprice : du tri, et il vous dit par où reprendre.
🫒 Les olives
Il en a mis une en bouche, il a fait une grimace, et c'était réglé pour dix ans. Difficile de lui en vouloir : ce que vous lui avez tendu ressemblait à un petit fruit et avait le goût du sel. L'olive est le seul aliment de votre table qu'on ne peut pas manger tel qu'il pousse. Crue, sur l'arbre, elle est si amère qu'elle est **immangeable** : il lui faut des semaines de saumure avant d'arriver dans le bocal. Votre enfant refuse donc un aliment que l'arbre lui-même n'a pas rendu comestible. On va y aller par le plus doux : rincée, dénoyautée, coupée en quatre.
🍠 La patate douce
Votre enfant a pris une grosse bouchée, sans méfiance, et il a recraché. C'est l'inverse de ce qui se passe avec les autres légumes : il n'a pas eu peur, il a eu confiance. La patate douce s'appelle patate, elle a la forme d'une pomme de terre, elle arrive à la place des frites. Puis elle donne du sucré. Ce n'est pas un goût nouveau qu'il refuse, c'est un échange qu'il n'a pas demandé. Et ce sucre, elle le **fabrique en cuisant** : on peut donc en régler la dose.
🫛 Les petits pois
La fourchette approche, le petit pois roule, il repart, et au troisième essai l'enfant abandonne : le refus arrive avant le goût. Puis la bouche s'y met, et tout se joue sur la version. Celui de la boîte s'écrase sans résister, il laisse un intérieur **farineux**, et personne ne l'aime. Le même, surgelé et cuit trois minutes, n'a presque rien à voir : vert vif, sucré, une peau qui résiste une seconde puis cède d'un coup.
Le poireau
Regardez ce qu'il repousse au bord de l'assiette : ce n'est presque jamais un morceau, c'est un **ruban**. Cuit en gros tronçons, le poireau se défait en lanières qui glissent, et l'enfant qui tire dessus en sort quinze centimètres d'un coup. Ce n'est pas le goût qu'il refuse, c'est cette sensation. Doré à la poêle, le même poireau est presque sucré.
Les pois chiches
Il en met un dans la bouche, il mâche, et le pois chiche devient une pâte qui colle au palais. Ce n'est pas le goût qui coince : il n'en a presque pas. C'est la texture, et c'est une bonne nouvelle, parce que la même graine en propose quatre. Écrasée elle fait une tartine, mixée à l'huile et au citron elle devient le **houmous**, moulue une galette, et entière elle se croque tiède, en dernier. Et l'eau du bocal que vous videz dans l'évier monte en **neige** comme un blanc d'œuf.
🐟 Le poisson
Chez vous aussi, c'est l'odeur qui décide, avant l'assiette ? **Cette odeur n'est pas celle du poisson, c'est celle du temps passé depuis la pêche.** Un filet vraiment frais ne sent presque rien. Et le poisson qu'un enfant refuse est le plus souvent un poisson trop cuit. Si le bâtonnet pané est la seule forme acceptée chez vous, gardez-le : c'est une porte d'entrée.
🫑 Le poivron
Il pousse les morceaux sur le bord de l'assiette, et vous n'insistez même plus. Un détail change le problème : **le poivron vert et le poivron rouge sont le même légume**. Le rouge est resté deux à quatre semaines de plus sur le plant, il y a perdu son amertume et gagné du sucre. La plupart n'ont goûté que le vert, la version la plus dure. Et il reste une peur, rarement dite : que ça pique.
🎃 Le potiron
Cherchez une deuxième façon de manger du potiron, après le velouté. Il y a souvent un silence. Le potiron est peut-être le seul légume que beaucoup d'enfants n'ont jamais rencontré que sous une forme unique : lisse, tiède, à la cuillère. Et c'est précisément celle sous laquelle il a le moins de chances de passer. Pourtant sa chair est **sucrée**, elle dore, elle caramélise, elle se prend avec les doigts. En cubes rôtis aux bords bruns, elle n'a plus rien à voir avec la soupe : c'est par là qu'on recommence.
La prune
Une prune fabrique **tout son sucre sur l'arbre**, dans les derniers jours avant la cueillette. Cueillie trop tôt, elle ramollit sans jamais se sucrer. Deux fruits de la même barquette sont donc parfois deux aliments différents. Il a mordu dans une acide, une fois, et depuis c'est non : ce n'est pas un caprice, c'est de la mémoire. On repart par le plus doux du fruit, la chair sous la peau, et on goûte avant lui.
Le radis
Le radis a une particularité qu'aucun autre légume de ce site ne possède : **votre enfant peut le semer et le manger dans le même mois**. Les graines lèvent en trois à sept jours, la récolte arrive au bout de trois à quatre semaines. Or ce qui fait le goût, ce sont les rencontres répétées, et un enfant qui va voir son pot tous les matins en accumule sans qu'on lui demande rien. Deuxième chose à savoir, et elle est moins agréable : le radis pique pour de bon. Ne dites pas le contraire, il le saura à la première bouchée.
🥬 La salade
« Il n'aime pas la salade. » Regardez d'abord le saladier. Une frisée est une chicorée, l'amertume est dans la feuille ; une roquette pique, c'est la famille de la moutarde ; un coeur de laitue beurre est doux, presque sucré. Ajoutez la vinaigrette versée d'office. Trois refus sans rapport : la variété, la sauce, ou la feuille. On repart de **la plus douce, servie nature**.
La semoule
La semoule et les pâtes sortent du **même blé**, le blé dur. Même grain, même champ, même goût de fond. Ce qui change entre les deux, c'est la taille à laquelle on l'a coupé, et c'est exactement là que ça bloque. Un enfant qui avale des coquillettes sans discuter peut recracher une cuillère de semoule, parce que sa bouche ne sait pas quoi faire de mille morceaux trop petits pour être mâchés un par un. Ce n'est pas un caprice de goût, c'est une affaire de calibre. Et un calibre, ça se change.
🥩 La viande
Regardez sa mâchoire, pas son assiette : il mâche, il mâche encore, et rien ne descend. **Ce n'est presque jamais le goût de la viande qui bloque, c'est la mécanique.** Un morceau de muscle est un paquet de fibres, et il faut les cisailler en travers pour qu'il se défasse. À 4 ans, la mâchoire n'a pas votre force. C'est pour ça que le même enfant avale une bolognaise et repose le sauté de veau.
🍅 La tomate
Il mange des pâtes à la sauce tomate chaque semaine et repousse la rondelle crue au bord de l'assiette. Une tomate crue, c'est **trois textures dans une bouchée** : la peau qui cède d'un coup, la chair ferme, la gelée froide autour des pépins. Le refus porte sur la texture, pas sur le goût. Crue, elle sent l'herbe coupée ; rôtie, le sucré et le grillé. Presque deux aliments.
Pas encore de fiche pour cet aliment. Elles arrivent une par une : dites-nous laquelle vous manque.
Le jeu
Et si c'était le jeu qui insistait, à votre place ?
Vous connaissez la scène : l'assiette qui recule, la bouchée qu'on négocie, le dessert qui devient une monnaie d'échange. Votre enfant n'est pas difficile, et vous ne vous y prenez pas mal. Le goût d'un aliment se construit par des rencontres répétées, et il en faut souvent plus de dix. La plupart des parents s'arrêtent à trois, non par manque de patience, mais parce que rien ne leur dit qu'ils avancent.
Les P'tits Goûteurs déplace l'effort. L'enfant goûte, même une pointe, même recrachée, et il note sa rencontre. À chaque goûtage, sa créature grandit et change de forme : c'est elle qui tient le compte des dix rencontres, et c'est elle qui donne envie de recommencer demain. Vous n'avez plus rien à obtenir ni à négocier. Vous décidez de ce qu'il y a sur la table, il décide de ce qu'il met dans sa bouche.
Ce que le jeu ne fera jamais : féliciter une assiette finie. On récompense le fait d'avoir goûté, jamais la quantité. C'est exactement ce qui sépare les protocoles qui font aimer un aliment de ceux qui en dégoûtent.
Gratuit, en avant-première, sur invitation. Aucune carte bancaire.