🔒 Le coin des parents
Faire goûter les asperges à un enfant : la pointe d'abord
Pourquoi les asperges, justement, passent si mal
Une asperge n'a pas la même texture sur toute sa longueur, et c'est de là que vient presque tout. La pointe est tendre et fondante ; la base, celle qui était enterrée, est ligneuse, elle file entre les dents et ne se mâche pas. Un adulte le sait et coupe sans y penser. Un enfant, lui, attrape la tige par le milieu et mord au hasard. Ajoutez la cuisson : trop bouillie, l'asperge s'affaisse et devient un fil mou, ce qui est exactement la sensation que les enfants classent en premier dans les refus. Le goût, discrètement amer et végétal, n'arrive qu'après tout ça.
Il y a ensuite un obstacle que les autres légumes n'ont pas : la rareté. L'asperge est là d'avril à juin, huit semaines par an, et elle coûte cher. Un enfant en croise quatre ou cinq par an, souvent au déjeuner du dimanche, entière sur l'assiette, devant des invités. Or c'est le nombre de rencontres qui fait le goût. Au rythme de cinq par an, les dix rencontres prennent deux ans, et ce n'est pas de l'entêtement de sa part, c'est de l'arithmétique. La conséquence pratique est simple : pendant la saison, on ne compte pas en semaines, on compte en occasions, et on en crée plus.
Ce que vous avez sans doute déjà essayé (et pourquoi ça ne marche pas)
Galloway et coll., Appetite, 2006« Ça coûte cher, goûte au moins »
Celle-là est particulière à l'asperge, parce que le prix met le parent sous tension et que l'enfant le sent immédiatement. Poussés à manger, les enfants de l'étude de Galloway en mangeaient moins et exprimaient plus souvent leur dégoût, et l'effet durait. Le calcul est mauvais dans les deux sens : la botte est déjà payée, et une rencontre ratée sous pression coûte plus cher que les deux asperges qui finiront dans votre assiette.
Birch & Marlin, Appetite, 1982Le velouté d'asperges, sans le dire
C'est la destination habituelle des asperges qu'un enfant refuse, et on comprend pourquoi : mixée, l'asperge disparaît complètement. Sauf que le compteur de rencontres ne bouge que si l'enfant sait ce qu'il goûte, et un velouté anonyme n'y entre pas. Birch et Marlin n'ont pas comparé caché et visible, c'est notre position et pas la leur. Faites le velouté, il est très bon : mais annoncez-le, et gardez deux pointes entières posées dessus.
Servir l'asperge entière, base comprise
C'est l'erreur qui décide de tout, et elle est purement mécanique. Le bas de la tige est ligneux : il ne cuit pas, il ne se mâche pas, il reste en travers de la bouche. Un enfant qui mord là ne rencontre pas l'asperge, il rencontre du bois, et c'est ce souvenir-là qu'il gardera. La solution tient en un geste : tenez la tige par les deux bouts et pliez. Elle casse net, exactement à la frontière entre le tendre et le dur. Comme le haricot vert, l'asperge casse quand elle est fraîche ; mais chez elle l'endroit de la cassure a un sens, il trie l'assiette à votre place.
La méthode : des rencontres minuscules, sans pression
L'unité de départ n'est pas l'asperge, c'est sa pointe. Les trois centimètres du haut, ceux qui portent les écailles serrées : c'est la partie la plus tendre, la plus sucrée, et la plus jolie de la tige. Une pointe, dans une assiette, ne ressemble pas à une portion : elle ressemble à un morceau qu'on a mis là pour lui.
Le geste, ici, c'est la cassure, et il se donne entièrement à l'enfant. Il prend la tige aux deux extrémités, il plie, ça casse tout seul avec un bruit sec. Il fait deux tas : les hauts d'un côté, les bas de l'autre. Il n'a encore rien goûté, il a passé cinq minutes les mains sur le légume, et il a compris de lui-même que tout ne se mange pas. Les bas ne se jettent pas non plus : ils partent dans l'eau d'un bouillon, ce que vous pouvez lui dire pendant qu'il casse.
Cuisez court, c'est la règle qui compte le plus ici. Six à huit minutes à l'eau bouillante salée pour des asperges vertes moyennes, pas davantage : elles doivent rester fermes sous la fourchette. Commencez par la verte, plus douce et qui ne s'épluche pas, et gardez la blanche pour plus tard, plus amère et plus fibreuse. Enfin donnez-lui de quoi tremper : le gras porte le goût de l'asperge et arrondit son amertume, qu'il s'agisse de beurre fondu, de vinaigrette ou d'un jaune d'oeuf coulant.
📌 La règle, la même pour tous les aliments
- Le protocole
- Un mini-goûtage par jour pendant quatorze jours, à la maison, sur un aliment que l'enfant refuse et qu'il a choisi lui-même. C'est ce rythme-là qui est mesuré dans les essais (Wardle, Cooke et coll., Appetite, 2003 ; Fildes et coll., J Acad Nutr Diet, 2014 ; Remington et coll., AJCN, 2012), pas tel ou tel légume en particulier.
- Le compteur
- La préférence suit le nombre de dégustations, et il en faut souvent plus de dix (Birch & Marlin, Appetite, 1982 ; DeCosta et coll., Appetite, 2017). La plupart des parents s'arrêtent à deux ou trois refus, c'est-à-dire juste avant.
- Chacun son rôle
- À vous le menu, l'heure et le lieu. À lui de manger ou non, et combien (Ellyn Satter). Cette frontière-là tient toute la méthode : dès qu'on la franchit, on récupère le bras de fer.
- Ce qu'on récompense
- Le goûtage, jamais l'assiette finie : l'effet d'un autocollant tient encore trois mois (Cooke et coll., Psychological Science, 2011). Et le dessert ne se monnaye pas : l'aliment qui sert de péage perd de la valeur (Newman & Taylor, J Exp Child Psychology, 1992).
- Les jours ratés
- Trois jours sautés : on reprend à l'étape en cours, pas au début. Trois refus de suite : on redescend d'un cran. Et quatorze jours ne sont pas une ligne d'arrivée, ensuite c'est une ou deux rencontres par semaine.
Et si c'est le refus lui-même que vous voulez comprendre plutôt que cet aliment-là, on explique ailleurs pourquoi il refuse de goûter et jusqu'à quel âge. L'autre question, celle de l'âge, a sa propre page : ce qu'on peut attendre à 3, 5, 7 et 10 ans.
Jours 1 et 2La botte posée sur la table, l'élastique enlevé. Il les compte, les aligne par taille, cherche les écailles violettes sur les pointes. Rien à goûter. Le compteur des goûtages démarre après.
Jours 3 et 4Il casse les tiges, une par une, et fait les deux tas. Le tas des bas part au bouillon devant lui. Toujours rien à goûter : c'est un atelier, pas un repas.
Jours 5 à 7Une pointe cuite six minutes, tiède, à sentir puis à lécher, avec un peu de beurre fondu. Autocollant dès que la langue a touché. Avant 4 ans, pas de cru, ici ni ailleurs dans le plan : les mêmes étapes avec des pointes cuites jusqu'à s'écraser à la fourchette, à cause des fausses routes.
Jours 8 à 10La pointe trempée dans un jaune d'oeuf coulant, tenue avec les doigts comme une mouillette. Beaucoup d'enfants basculent ici : ce n'est plus un légume, c'est un outil pour manger l'oeuf.
Jours 11 à 13Rôtie au four cinq minutes avec un filet d'huile, jusqu'à ce que les pointes grillent un peu. Le goût change du tout au tout, et c'est bien de le lui dire avant.
Jour 14Les asperges rôties et l'oeuf à la coque, ensemble (recette plus haut). Il casse, il range, il trempe. Il se sert le nombre qu'il veut, même une seule.
Le jeu Les P'tits Goûteurs sert exactement à ça sur un légume aussi rare : garder le compte d'une saison à l'autre, pour que les cinq rencontres de ce printemps comptent encore le printemps prochain. Découvrir le jeu (gratuit en avant-première).
Vos questions sur l'asperge
C'est vrai que les asperges font sentir le pipi ?
Oui, et environ un quart d'heure après le repas seulement. Deux nuances amusantes à raconter à table : tout le monde ne fabrique pas ces composés odorants, et parmi ceux qui les fabriquent, tout le monde n'a pas le nez capable de les détecter. Il peut donc très bien sentir quelque chose que vous ne sentez pas, ou l'inverse.
Quelle recette d'asperge pour un enfant qui n'aime pas ça ?
Celle où l'asperge sert à manger autre chose : la pointe trempée dans un jaune d'oeuf coulant, tenue avec les doigts. Le plat plus haut fonctionne pour cette raison précise, l'asperge y est un outil avant d'être un légume. Et cuisez court, six à huit minutes, jamais plus.
Asperge verte ou asperge blanche pour commencer ?
La verte. C'est la même plante : la blanche pousse sous une butte de terre et ne voit jamais la lumière, ce qui la garde pâle mais la rend plus amère et plus fibreuse. La verte est plus douce, elle ne s'épluche pas, et elle cuit deux fois plus vite.
Ce n'est pas la saison, je fais quoi ?
Vous attendez, et ce n'est pas une réponse en l'air : l'asperge d'avril à juin n'a rien à voir avec celle de janvier venue de loin, et une mauvaise première rencontre coûte plus cher que six mois de patience. Entre-temps, les surgelées font très bien l'affaire pour la cuisson au four. Notez simplement l'asperge quelque part : c'est un légume qu'on oublie de proposer, tout bêtement.
Il a mordu dans le bas et l'a recraché, c'est fichu ?
Non, et vous tenez même la bonne histoire : montrez-lui que ce bout-là ne se mange pas, même pour vous, et faites-lui casser la tige suivante lui-même. Ce n'était pas lui qui avait tort, c'était le morceau. Beaucoup d'enfants acceptent de réessayer dans la minute quand on leur explique ça.
📚 Nos sources
Chaque affirmation de cette page qui vient d'une étude ou d'une agence sanitaire renvoie ici. Les liens ouvrent la source elle-même, pas un article qui la résume.
🩺 Les P'tits Goûteurs est un jeu, pas un dispositif médical. Il ne remplace ni l'avis, ni le suivi, ni les recommandations de votre médecin, de votre pédiatre ou d'un diététicien. Si l'alimentation de votre enfant vous inquiète (paniques, vomissements, liste d'aliments qui rétrécit), parlez-en d'abord à votre pédiatre.
Le jeu
Et si c'était le jeu qui insistait, à votre place ?
Vous connaissez la scène : l'assiette qui recule, la bouchée qu'on négocie, le dessert qui devient une monnaie d'échange. Votre enfant n'est pas difficile, et vous ne vous y prenez pas mal. Le goût d'un aliment se construit par des rencontres répétées, et il en faut souvent plus de dix. La plupart des parents s'arrêtent à trois, non par manque de patience, mais parce que rien ne leur dit qu'ils avancent.
Les P'tits Goûteurs déplace l'effort. L'enfant goûte, même une pointe, même recrachée, et il note sa rencontre. À chaque goûtage, sa créature grandit et change de forme : c'est elle qui tient le compte des dix rencontres, et c'est elle qui donne envie de recommencer demain. Vous n'avez plus rien à obtenir ni à négocier. Vous décidez de ce qu'il y a sur la table, il décide de ce qu'il met dans sa bouche.
Ce que le jeu ne fera jamais : féliciter une assiette finie. On récompense le fait d'avoir goûté, jamais la quantité. C'est exactement ce qui sépare les protocoles qui font aimer un aliment de ceux qui en dégoûtent.
🔬 Fondé sur les études citées sur cette page
🙅 Aucune assiette à finir
🌙 Deux minutes le soir
Découvrir Les P'tits Goûteurs
Gratuit, en avant-première, sur invitation. Aucune carte bancaire.