Il ne refuse pas d'aimer.Il refuse de goûter.
Pâtes, jambon, compote, et une liste qui rétrécit au lieu de s'allonger. Vous n'avez rien raté, et « ça passera » n'est pas un plan.
Si vous êtes arrivé ici, il y a des chances que
- vous connaissiez par coeur la liste de ce qu'il mange, et qu'elle tienne en cinq lignes ;
- le repas dure une heure et quart, midi et soir, tous les jours ;
- on vous ait répondu « un enfant ne se laisse pas mourir de faim », et que la consultation se soit arrêtée là ;
- quelqu'un de votre famille soit convaincu que c'est un caprice, et que vous ne soyez pas assez ferme ;
- vous cuisiniez deux repas différents, et que vous culpabilisiez du contenu des deux ;
- vous ayez insisté un jour, qu'il ait vomi, et que vous n'ayez plus jamais recommencé ;
- vous ne sachiez pas ce qu'il mange à la cantine, et que vous ayez peur qu'on l'y force ;
- vous ayez l'impression d'être le seul, parce que personne autour de vous ne vit ça.
Et il y a la phrase que vous n'osez pas dire à voix haute : sa liste ne s'allonge pas, elle raccourcit. Gardez-la, c'est la plus importante de cette page, et nous y revenons plus bas.
« Un enfant ne se laisse pas mourir de faim »
C'est la phrase française du sujet. Elle revient mot pour mot dans vingt ans d'archives de forums, dans la bouche de pédiatres, de généralistes, de grands-parents et d'autres parents. Elle mérite d'être prise de front, parce qu'elle est le point de rupture entre beaucoup de parents et le corps médical.
Elle est vraie. Statistiquement, un enfant en bonne santé qui a accès à de la nourriture ne se laisse pas mourir de faim, et le médecin qui vous la dit ne raconte pas n'importe quoi. Il regarde une courbe de croissance qui suit sa ligne, ce qui est l'outil central de son évaluation, et il vous rassure.
Et elle ne répond pas à votre question. Vous n'êtes pas venu demander si votre enfant allait mourir. Vous êtes venu demander si vous devez vous inquiéter, et surtout ce que vous faites demain soir. À ces deux questions-là, « il ne se laissera pas mourir de faim » ne dit rien du tout, et c'est pour ça que vous êtes reparti avec l'impression de ne pas avoir été entendu.
Il y a une troisième chose, moins connue. Un enfant peut tenir sa courbe avec un répertoire minuscule : le poids se maintient très bien avec des pâtes, du fromage et du pain. La croissance rassure sur la croissance, elle ne dit rien de la variété ni de ce que la situation coûte à la famille. Un enfant concerné n'est d'ailleurs pas forcément maigre : cela peut arriver à n'importe quel poids.
Un parent l'a formulé mieux que n'importe quel article : quand on vous donne un conseil, on s'adresse à une population. Si votre enfant fait partie de ceux qui ne céderont pas, le conseil ne devient pas faux, il devient inapplicable chez vous. Et à ce moment-là, ce qu'il vous faut n'est plus un conseil.
Cette page essaie donc de faire ce que cette phrase ne fait pas : vous dire où vous en êtes, ce que vous pouvez faire ce soir, et à quel moment il faut insister pour être écouté.
La néophobie alimentaire, c'est quoi exactement ?
La néophobie alimentaire, c'est le refus de goûter ce qui est nouveau. Elle s'installe vers 2 ans, culmine à 6 et 7 ans où elle concerne près de sept enfants sur dix, puis décroît lentement jusqu'à l'adolescence. Ce n'est pas un trouble : c'est une étape du développement, et elle ne dit rien de la façon dont vous nourrissez votre enfant.
La néophobie alimentaire, c'est le refus de ce qui est nouveau. Pas le refus de manger : le refus de ce qu'il ne reconnaît pas. Un aliment est nouveau tant que l'enfant ne l'identifie pas comme connu, ce qui explique qu'un plat adoré la semaine dernière puisse être refusé aujourd'hui parce que les morceaux ne sont pas coupés pareil.
Elle est quasi inexistante avant deux ans, s'installe ensuite, se manifeste de façon rigide entre quatre et sept ans, puis décroît jusque vers dix ou onze ans. C'est une étape du développement, pas un défaut de caractère et pas une erreur d'éducation.
Détail qui surprend souvent : ce que la recherche appelle « néophobie » chez l'enfant, ce sont quatre phrases posées au parent, avec cinq réponses possibles de « jamais » à « toujours ». Les voici. « Mon enfant refuse les aliments nouveaux au début. » « Mon enfant aime goûter de nouveaux aliments. » « Mon enfant n'est pas intéressé pour goûter un aliment qu'il n'a jamais goûté. » « Mon enfant décide qu'il n'aime pas un aliment, même sans le goûter. » C'est tout. Ce n'est pas un test à faire passer à votre enfant, c'est un instrument de mesure pour des enquêtes, et la traduction est la nôtre. Mais si vous vous êtes reconnu dans les quatre, vous savez maintenant que le mot savant décrit exactement ce que vous vivez.
Les symptômes de la néophobie alimentaire, concrètement
Le mot « symptôme » est celui que vous taperez, alors nous l'employons, mais disons tout de suite ce qu'il vaut ici : ce sont des signes, ils décrivent une étape du développement, pas une maladie. Voilà comment ça se manifeste à la maison.
- Il refuse avant d'avoir goûté, parfois avant même que l'assiette soit posée. Ce n'est pas « je n'aime pas », c'est « je ne veux pas essayer ».
- Le refus passe par les yeux et le nez, sans contact : la couleur, la forme, l'odeur suffisent.
- Le répertoire se réduit à quelques plats fiables, souvent secs, tièdes et de couleur claire, qu'il redemande en boucle.
- Une précision extrême dans les exigences : le fromage seulement râpé, une seule forme de pâtes, la banane entière mais pas en rondelles, et les aliments qui ne doivent pas se toucher dans l'assiette.
- Un plat adoré hier peut être refusé aujourd'hui parce que la découpe, la marque ou la cuisson a changé. De son point de vue, ce n'est plus le même aliment.
- Les repas s'allongent et se tendent, une heure et quart n'a rien d'exceptionnel, et la table devient l'endroit du conflit.
Deux signes ne figurent pas dans cette liste parce qu'ils appellent autre chose qu'un article : des haut-le-coeur ou des vomissements au moment de goûter, et une peur de s'étouffer ou d'avaler. S'ils vous parlent, allez directement au test, puis à la section sur qui consulter.
Un mot que nous n'emploierons pas : trouble. Vous le lirez pourtant, y compris en titre de pages tenues par des plateformes qui vendent des téléconsultations. Appeler « trouble » une étape que traverse la majorité des enfants, c'est transformer un parent inquiet en client. Il existe de vrais troubles de l'alimentation chez l'enfant, ils sont décrits plus bas sur cette page, et les confondre avec ceci ne rend service à personne.
Le chiffre que vous allez lire partout, et d'où il vient
Nous l'écrivons parce que vous le croiserez dix fois aujourd'hui, et que personne ne vous dit d'où il sort.
« 77 % des enfants de 2 à 10 ans sont concernés par la néophobie alimentaire. » Ce chiffre est sur presque toutes les pages françaises du sujet. Quand on remonte la chaîne, il renvoie à un travail de Hanse daté de 1994, recopié de page en page depuis trente ans. Nous n'avons pas pu lire le document original.
Voici ce qu'on peut dire avec une source qu'on a lue. Hazley et ses collègues ont publié en 2022 dans Appetite l'analyse de cinq enquêtes nationales irlandaises, soit 3 246 personnes de 1 à 87 ans. La néophobie y monte de 1 à 6 ans, culmine vers 6 ans à 68,5 % (38,4 % de forme modérée, 30,1 % de forme forte), puis décroît.
Et la précision qui change tout pour vous : une enquête décrit une population, pas un pronostic pour votre enfant. « La plupart en sortent » n'est pas la même phrase que « le vôtre en sortira », et surtout pas que « le vôtre en sortira sans que vous ayez rien à faire ».
Hazley et coll., Appetite, 2022, sur PubMed. Les dix autres travaux cités sur cette page sont détaillés, avec leurs liens, sur la page des études.
Est-ce que c'est encore ordinaire ?
Neuf questions, deux minutes. Ce n'est pas un diagnostic et ça ne peut pas en être un : c'est un tri, construit sur les quatre retentissements que regardent les cliniciens et sur ce que rapportent les parents dont l'enfant s'est révélé avoir autre chose qu'une phase. À la fin, vous verrez exactement quelles réponses ont pesé. Rien ne sort de votre navigateur, nous ne recevons aucune de vos réponses.
Vous n'avez rien raté, et voici comment on le sait
Trois résultats devraient vous enlever un poids, parce qu'ils ne viennent pas d'un discours rassurant mais de mesures.
Le premier, et c'est le plus direct : dans l'enquête irlandaise, le milieu social, le niveau d'études des parents, le sexe de l'enfant, la ville ou la campagne, tous ces facteurs réunis n'expliquent que 1,6 % des différences de néophobie entre enfants. Ce n'est pas « l'environnement ne compte pas » : c'est que ces variables-là, celles sur lesquelles on juge les familles, ne comptent presque pas.
Le deuxième : ça ne vient pas non plus de votre façon de faire. Les études de jumeaux situent la part génétique du refus du nouveau entre 58 % et 78 % selon l'étude et l'âge des enfants, et l'environnement familial partagé, c'est-à-dire tout ce que vous faites à table pour l'ensemble de la fratrie, y pèse peu. Une précision honnête : héritable ne veut pas dire immuable, et ces chiffres décrivent ce qui explique les écarts entre enfants, pas le destin du vôtre.
Le troisième : votre propre rapport à la nourriture n'explique pas le sien. On vous a peut-être dit que votre enfant est difficile parce que vous l'êtes. La corrélation entre la néophobie du parent et celle de l'enfant existe, mais elle est faible, entre 0,15 et 0,28 selon la mesure. Les auteurs de l'étude l'écrivent eux-mêmes : la néophobie du parent n'est pas un bon prédicteur de celle de l'enfant.
Les conséquences de la néophobie alimentaire, ce qu'on en sait
C'est la peur qui tourne en fond : est-ce que ça va lui laisser quelque chose ? Voici les trois seules réponses que nous puissions donner avec des travaux publiés, et leurs limites.
Sur la croissance. Une étude qui a suivi 120 enfants de 2 à 11 ans n'a observé aucun effet significatif sur la croissance (Mascola et coll., 2010). Une absence d'effet dans un petit échantillon n'est pas une garantie, mais c'est l'inverse de ce que la peur suggère, et cela explique pourquoi les médecins regardent d'abord la courbe.
À l'âge adulte. Chez 2 275 jeunes adultes d'environ 25 ans, ceux qui se déclarent avoir été difficiles enfants mangent aujourd'hui moins de fruits, de légumes et de céréales complètes, et davantage de produits gras et sucrés. En revanche, aucun lien avec le poids ni avec les troubles du comportement alimentaire (Project EAT-III, 2019). La limite, honnêtement : l'enfance y est racontée de mémoire par l'adulte lui-même.
Sur le goût de la variété. Des enfants observés à 2 et 3 ans à la cantine d'une crèche de Dijon, puis retrouvés des années plus tard : ceux qui cherchaient le plus la variété petits étaient encore ceux qui la cherchaient le plus ensuite (Nicklaus et coll., 2005). C'est le résultat qui justifie de s'en occuper maintenant plutôt que d'attendre. Attention à ce qu'il ne dit pas : il porte sur la variété, pas sur la santé, et « l'âge adulte » y veut dire 17 à 22 ans.
Ce que nous ne vous servirons pas, parce que c'est ce qu'on lit partout : des pourcentages de carences spectaculaires. Ils viennent presque tous de séries de cas cliniques publiés, c'est-à-dire de situations remarquables sélectionnées pour cela, et ils ne disent rien de la fréquence réelle.
Reste la question que vous vous posez vraiment : est-ce que c'est normal à son âge, et jusqu'à quand. Si vous préférez lire directement ce que ça donne au sien, nous avons une page qui prend les âges un par un : mon enfant ne mange rien, à 3, 5, 7 et 10 ans.
Néophobie alimentaire et âge : où en est votre enfant
Déplacez le curseur sur l'âge de votre enfant. Cette courbe n'existe nulle part ailleurs en français : elle vient du tableau annexe d'une enquête publiée, âge par âge.
Le tableau, âge par âge
| Âge | Part |
|---|---|
| 1 an | 24 % |
| 2 ans | 45 % |
| 3 ans | 46,7 % |
| 4 ans | 54,3 % |
| 5 ans | 55,5 % |
| 6 ans | 68,5 % |
| 7 ans | 64,4 % |
| 8 ans | 56,7 % |
| 9 ans | 62,1 % |
| 10 ans | 53,8 % |
| 11 ans | 52,2 % |
| 12 ans | 44,1 % |
Hazley et coll., Appetite, 2022, tableau annexe 3. Somme des formes modérée et forte. Le graphique ci-dessus porte exactement ces valeurs.
Ce que cette courbe est, et ce qu'elle n'est pas. Elle vient de Hazley et coll., Appetite, 2022 : cinq enquêtes nationales irlandaises, 3 246 personnes de 1 à 87 ans. Chez l'enfant, la mesure repose sur quatre questions posées au parent : c'est donc ce que les parents rapportent, pas ce que les enfants mangent. Le seuil qui fait qu'un enfant est classé néophobe a été défini par les auteurs pour ce travail, il n'existe aucun seuil standard, et ce n'est en aucun cas un diagnostic. Les totaux par âge sont l'addition des deux colonnes publiées dans le tableau annexe (forme modérée et forme forte) : l'étude ne publie ce total que pour 6 ans, et l'addition y retombe exactement sur les 68,5 % annoncés. Nous arrêtons la courbe à 12 ans parce qu'au-delà l'instrument de mesure change et que les auteurs interdisent la comparaison. L'étude sur PubMed
Deux choses à retenir de cette courbe, et elles vont dans des sens opposés.
Six et sept ans sont le sommet, pas la sortie. Vous lirez souvent que « ça se termine vers 6 ans ». C'est l'inverse exact : c'est là que c'est le plus intense. Si votre enfant a cet âge et que vous vous demandez pourquoi rien ne s'arrange, vous avez votre réponse.
Et ce n'est pas universel. Même au sommet, à 6 ans, près d'un tiers des enfants ne sont pas concernés. « Tous les enfants passent par là » est une phrase fausse, et elle a un coût : elle sert aussi à écarter les familles dont l'enfant, lui, ne s'en sort pas tout seul.
Et la néophobie alimentaire à l'adolescence, et chez l'adulte ?
La courbe s'arrête à 12 ans sur cette page, parce que l'étude change d'outil de mesure ensuite et que ses auteurs interdisent la comparaison. Ce qu'elle observe malgré tout, avec cette réserve : la décrue continue jusqu'à un creux situé entre 25 et 34 ans, où 26,5 % des personnes restent classées néophobes, puis la proportion remonte après 54 ans.
Deux choses à en tirer. Ça ne tombe jamais à zéro : même au meilleur moment de la vie adulte, un adulte sur quatre reste concerné, et les auteurs constatent des personnes très néophobes à tous les âges. Et si c'est vous que vous avez reconnu en lisant cette page plutôt que votre enfant, vous n'imaginez rien : le mot existe pour l'adulte aussi.
Faut-il forcer un enfant à goûter ? Pourquoi rien n'a marché
Ce qui suit n'est pas une liste d'erreurs de parents. Ce sont les cinq réactions les plus logiques du monde face à un enfant qui ne mange pas, et elles ont toutes été mesurées. Si elles n'ont pas marché chez vous, ce n'est pas parce que vous les avez mal faites.
« Encore une bouchée, pour me faire plaisir. »
C'est la plus universelle, et c'est la plus contre-productive. La pression exercée à table fait manger moins, pas plus. Ce n'est pas seulement le repas du soir qui est perdu : l'effet se retrouve encore ensuite, sur cet aliment-là.
Ce qu'on en sait : Galloway et ses collègues, Appetite, 2006. Attention à ce qui circule : aucun ratio chiffré n'est publié dans le résumé de cette étude, méfiez-vous des pages qui vous sortent un « cinq fois plus ». Voir l'étude
« Tu auras le dessert quand tu auras fini tes légumes. »
Le marché fonctionne une fois ou deux, puis il se retourne. En faisant du légume le péage vers le dessert, on lui apprend que le légume est le prix à payer, donc qu'il vaut moins. Deux goûters également appréciés au départ ne se valent plus quand l'un sert de monnaie d'échange.
Ce qu'on en sait : Newman & Taylor, Journal of Experimental Child Psychology, 1992. Et dans l'autre sens, interdire un aliment apprécié le rend obsédant (Fisher & Birch, AJCN, 1999). Voir l'étude
« Je les mixe dans la sauce, il ne voit rien. »
Disons-le franchement : ça marche, du point de vue de l'assiette. Un légume mixé dans un plat qu'il aime, c'est une portion mangée ce soir.
Mais un légume invisible ne compte pas comme une rencontre. Pour apprendre à aimer un aliment, il faut le reconnaître et savoir qu'on est en train de le manger. Vous nourrissez votre enfant, vous ne l'entraînez pas. Et le jour où il découvre le procédé, c'est votre parole à table qui devient suspecte.
Notre position, assumée comme telle : l'aliment se voit, se nomme et se rencontre. Aucune étude ne nous autorise à dire que le camouflage est nocif, et nous ne le dirons donc pas. Nous disons qu'il ne fait pas le travail.
« Tu ne sors pas de table sans avoir goûté. »
Le repas devient un rapport de force, et ce rapport de force se rejoue le lendemain, avec un enfant qui arrive à table en position de combat. Le partage qui tient toute la méthode est plus simple : à vous le menu, l'heure et le lieu, à lui de décider s'il mange et combien.
Ce qu'on en sait : la division des responsabilités d'Ellyn Satter, reprise par les grandes recommandations sur l'alimentation de l'enfant. C'est une frontière, pas une technique : dès qu'on la franchit, on récupère le bras de fer. Le détail sur la page des études
« Ça fait trois fois, il n'aime pas, j'arrête. »
C'est l'abandon le plus coûteux, parce qu'il a lieu juste avant. Plus un aliment nouveau a été goûté, plus l'enfant le choisit ensuite : la relation est très forte, et elle a été mesurée sur une plage allant de 0 à 20 propositions. La plupart des parents s'arrêtent à deux ou trois refus.
Combien de fois, alors ? Vous lirez « 8 fois », « 10 fois », « 15 fois », « plus de 20 fois », toujours avec le même aplomb et souvent attribués à la même étude de 1982. Cette étude-là ne donne aucun nombre. Le repère de huit à dix vient d'ailleurs : d'une méta-analyse de 30 études portant sur 4 017 enfants, et il concerne les légumes chez les 2-5 ans. C'est un repère de bon sens tiré des données, pas un seuil biologique.
Ce qu'on en sait : Birch & Marlin, Appetite, 1982, 14 enfants de deux ans, corrélation de 0,94 à 0,97 entre le nombre de dégustations et la préférence (voir l'étude). Le repère de 8 à 10 vient de Nekitsing et coll., Appetite, 2018 (voir la méta-analyse). Et il faut goûter, pas seulement voir : chez des enfants de 2 à 5 ans, regarder l'aliment augmentait la préférence visuelle sans rien changer au goût perçu (Birch et coll., 1987).
Ce que vous dites, ce qu'il entend
Huit phrases qui se disent à toutes les tables de France, ce qu'elles produisent vraiment, et quoi dire à la place. C'est la partie de cette page qui sert dès ce soir. Dépliez celles qui vous ressemblent.
« Encore une bouchée, pour me faire plaisir. »
Galloway et coll., Appetite, 2006, 27 enfants de 3 à 5 ans en laboratoire. Voir l'étude
« Si tu finis tes légumes, tu auras le dessert. »
Newman & Taylor, J Exp Child Psychology, 1992, 86 enfants de 4 à 7 ans. Voir l'étude
« Goûte, tu vas aimer, c'est trop bon ! »
« Tu ne sors pas de table tant que tu n'as pas goûté. »
La division des responsabilités d'Ellyn Satter. Le détail sur la page des études
« Il ne mange rien, il est très difficile. » (dit devant lui)
« Regarde ta soeur, elle mange de tout. »
« Il mangera bien quand il aura faim. »
« On ne recrache pas ! »
Si vous vous reconnaissez dans les huit, vous n'êtes pas un mauvais parent : vous êtes un parent qui a essayé huit choses. Aucune de ces phrases n'est bête, elles sont toutes logiques, et c'est bien pour ça que tout le monde les dit.
Et les phrases qu'on vous dit, à vous
Personne n'écrit jamais cette partie, et c'est pourtant celle qui isole le plus. Voici de quoi répondre sans y passer le repas de famille.
« Tu devrais être plus ferme. »
« Chez moi, il mangerait. »
« C'est toi qui l'as habitué comme ça. »
Ce que vous vous dites à vous-même, le soir
Trois choses que personne n'écrit, et qui vous concernent
Elles reviennent partout dans ce que les parents s'écrivent entre eux, et nulle part dans ce qui est publié sur le sujet.
- Vous avez déjà crié, ou forcé, et vous vous en voulez. Tout le monde l'a fait. Ce qui compte n'est pas le soir où vous avez craqué, c'est ce que vous faites du suivant. Un repas raté ne défait pas ce qui précède, de la même façon qu'un repas réussi ne règle rien tout seul : c'est la répétition qui travaille, dans les deux sens. Et si vous vous êtes senti obligé de le raconter à personne, c'est aussi pour ça que cette ligne est ici.
- Vous cuisinez deux repas, et on vous a dit que c'était une erreur. Disons les choses simplement : c'est une stratégie de survie, pas une faute. Il existe une version qui coûte moins cher et qui ne vous met pas en défaut : le plat de la famille est sur la table, et il y a toujours dedans au moins une chose qu'il mange. Vous ne cuisinez pas deux fois, vous servez un repas dont une partie lui est accessible. Il se sert, ou pas.
- Vous n'êtes pas d'accord avec votre conjoint, et ça se règle devant lui. C'est peut-être le plus coûteux de tout, parce que l'enfant apprend alors que le repas est l'endroit où ses parents s'opposent. Le désaccord n'a pas à être résolu ce soir. Il a seulement besoin de sortir de la table : décidez à deux, hors du repas, d'une seule règle que vous tiendrez tous les deux pendant deux semaines, même celui qui n'y croit pas.
Aucune de ces trois lignes ne vient d'une étude. Elles viennent de ce que les parents décrivent, et elles sont écrites ici parce qu'elles manquaient partout ailleurs.
Comment faire goûter un nouvel aliment : ce qui marche vraiment
La réponse tient en une phrase et elle est décevante : des rencontres répétées, minuscules, sans pression. Ce n'est pas une astuce, c'est un rythme. Voilà ce que ça veut dire concrètement.
Une lichette compte autant qu'une assiette
L'objectif n'est jamais la quantité avalée. Toucher, sentir, lécher, poser sur la langue et recracher : tout cela compte comme une rencontre. Recracher n'est pas un échec, c'est une étape. Un enfant qui a le droit de recracher accepte beaucoup plus facilement de mettre en bouche.
Le protocole mesuré, c'est quatorze jours à la maison
Un mini-goûtage par jour, pendant quatorze jours, sur un aliment que l'enfant refuse et qu'il a choisi lui-même parmi ceux qu'il refuse. C'est ce rythme-là qui a été testé dans les essais, pas tel ou tel légume en particulier.
Trois jours sautés : on reprend à l'étape en cours, pas au début. Trois refus de suite : on redescend d'un cran, on ne pousse pas.
On récompense le fait d'avoir goûté, jamais l'assiette finie
Un autocollant pour avoir goûté, et rien pour avoir fini. L'effet d'une récompense symbolique donnée pour le geste de goûter était encore présent trois mois plus tard. Et la récompense n'est jamais alimentaire : le dessert ne se monnaye pas.
Ce que nous ne vous promettrons pas
L'exposition répétée est la stratégie la plus régulièrement efficace de toute la littérature. Ce n'est pas la même chose qu'une garantie, et les études elles-mêmes sont plus prudentes que les pages qui les citent.
Un exemple précis, tiré de l'essai qui teste la récompense : trois mois après, le goût restait amélioré dans tous les groupes, mais la quantité mangée ne restait augmentée que dans les groupes où l'enfant avait reçu quelque chose pour avoir goûté. Chez ceux qui avaient seulement été exposés, elle était retombée. Autrement dit, même ce qui marche demande à être entretenu.
Un dernier point, parce qu'il circule beaucoup à l'envers : la crainte qu'une récompense « tue » le plaisir de manger a été testée, sur des légumes détestés, et elle n'a pas été confirmée. Ce qui se retourne contre vous, ce n'est pas la récompense, c'est de faire de l'aliment le péage vers un autre. Les deux ne sont pas la même chose, et la nuance est tout le sujet.
Sources de cette section : Wardle, Cooke et coll., Appetite, 2003, 156 parents, 14 jours à la maison ; Fildes et coll., J Acad Nutr Diet, 2014, 442 enfants de 3 ans ; Remington et coll., AJCN, 2012, 173 familles ; Cooke et coll., Psychological Science, 2011, effet suivi à 3 mois. Toutes détaillées, avec leurs liens, sur la page des études.
Votre plan de 14 jours, daté
Choisissez l'aliment, et le plan se date à partir d'aujourd'hui. Les étapes ne sont pas génériques : ce sont celles de la fiche de cet aliment, avec ce qui lui est propre et ses consignes de sécurité. Vous pouvez le télécharger en PDF ou l'imprimer, et le coller sur le frigo.
Le plus important : laissez-le choisir, parmi ceux qu'il refuse. C'est ce que faisaient les essais, et un aliment choisi par l'enfant ne se défend pas de la même façon qu'un aliment imposé.
Une estimation suffit. Cette question sert à une seule chose : vous montrer où vous en êtes par rapport à l'endroit où les choses bougent, parce que c'est presque toujours juste avant que l'on renonce.
Une chose que ce plan ne fait pas : tenir le compteur à votre place sur les semaines qui suivent. C'est la seule raison d'être du jeu, et elle est décrite juste en dessous.
La fiche de l'aliment, pour ce que le plan ne dit pas
Le plan ci-dessus donne les étapes et les dates. La fiche donne le reste, et il est propre à chaque aliment : pourquoi celui-là est refusé plus que les autres, l'erreur de préparation qui le concerne, ses consignes de sécurité, et deux recettes faites pour une première rencontre plutôt que pour un dîner réussi.
Néophobie alimentaire : qui consulter, et quand
Presque toutes les pages sur ce sujet se terminent par « c'est normal, ne vous inquiétez pas, ça passera ». C'est vrai pour la grande majorité des enfants. Pour une minorité, c'est la phrase qui fait perdre un an.
Alors voici l'autre moitié, celle qu'on lit rarement. Les pédiatres distinguent deux choses : la néophobie, comportement physiologique, transitoire et fréquent, et l'hypersélectivité alimentaire, comportement durable et rare, qui relève du soin. La frontière n'est pas dans la longueur de la liste des aliments refusés. Elle est dans le retentissement.
La formulation la plus claire que nous ayons lue vient du service d'information santé du NHS écossais : ce n'est plus seulement être difficile quand l'enfant restreint son alimentation au point que sa santé en paie le prix.
Les quatre retentissements que regardent les cliniciens
Le manuel diagnostique international définit le trouble de restriction et d'évitement de l'ingestion d'aliments (ARFID) par une restriction alimentaire accompagnée d'au moins un de ces quatre éléments :
- une perte de poids significative, ou une courbe de croissance qui fléchit et change de couloir vers le bas ;
- un déficit nutritionnel significatif ;
- une dépendance à une nutrition artificielle ou à des compléments oraux ;
- un retentissement marqué sur la vie sociale : refuser d'aller au restaurant, de dormir chez un copain, de partir en classe verte à cause des repas.
Trois profils y mènent, et il est utile de savoir lequel vous reconnaissez : le manque d'intérêt pour la nourriture, l'évitement fondé sur les caractéristiques sensorielles (texture, odeur, aspect), et la peur des conséquences de manger, par exemple après un épisode d'étouffement.
Deux précisions qui comptent. Un enfant concerné n'est pas forcément maigre : cela peut arriver à n'importe quel poids, et « il a l'air en pleine forme » ne suffit donc pas à écarter la question. Et à l'inverse, un seul de ces points pris isolément ne signifie rien : c'est l'association d'une restriction durable et d'un retentissement réel qui compte. Seul un médecin peut trancher, et ce n'est pas le rôle de cette page.
Qui consulter, en France, et ce que ça coûte
- Le médecin de votre enfant d'abord, pédiatre ou médecin traitant. C'est lui qui regarde la courbe de croissance, qui est l'outil central de l'évaluation, et qui prescrit la suite. Emportez le carnet de santé.
- L'orthophoniste ensuite, pour un bilan d'oralité, sur prescription. Les séances en cabinet de ville sont prises en charge à 60 % par l'Assurance Maladie.
- L'ergothérapeute et le psychomotricien interviennent souvent sur le versant sensoriel. En cabinet de ville, leurs actes ne sont pas remboursés.
- En CAMSP, CMP ou CMPP, tout est pris en charge, sans avance de frais, orthophonie, ergothérapie, psychomotricité et suivi psychologique compris. Le CAMSP concerne les enfants avant l'entrée à l'école primaire, le CMP et le CMPP prennent le relais ensuite et jusqu'à l'âge adulte. C'est l'information la moins connue et la plus utile de cette page. Nous n'avons trouvé aucune source officielle chiffrant les délais d'attente, mais c'est d'eux que parlent les familles, pas du prix.
- Et pour vous. Si c'est votre propre épuisement qui est au premier plan, le dispositif Mon soutien psy donne droit à douze séances par an chez un psychologue partenaire, dès 3 ans et sans passer par un médecin, à 50 euros la séance remboursée à 60 %. Ce dispositif ne vise pas les difficultés alimentaires : il vise le mal-être, et le vôtre compte aussi.
- Il existe aussi des unités hospitalières dédiées aux troubles de l'oralité, comme « Le coin des papilles » à l'hôpital Bicêtre, avec médecins, diététiciennes, kinésithérapeutes formées à l'oralité, psychologue et psychomotricienne. L'adressage passe par votre médecin.
Sources de cette section : critères du DSM-5 traduits par Micali et Tombeur, Revue Médicale Suisse, 2019 ; la distinction néophobie / hypersélectivité par les pédiatres de l'AFPA sur mpedia.fr ; NHS inform (Écosse) ; les règles de prise en charge sur ameli.fr.
Un mot sur ce que nous ne citons pas : vous trouverez ailleurs des chiffres de prévalence très précis. Les études sérieuses donnent une fourchette qui va de 0,3 % à 22 % selon la méthode employée, et aucun chiffre unique n'est honnête. Vous trouverez aussi des pourcentages spectaculaires sur les carences : ils portent presque tous sur des séries de cas cliniques publiés, ce qui ne dit rien de la fréquence réelle. Nous préférons ne pas vous les servir.
Cette page ne remplace pas un avis médical et ne pose aucun diagnostic. Si l'un des quatre retentissements ci-dessus vous parle, ou simplement si vous êtes inquiet, prenez rendez-vous. Vous n'avez pas besoin de notre autorisation, et être rassuré par un médecin est un résultat tout à fait acceptable.
Le relevé de sept jours, à emporter chez le médecin
C'est la seule chose qui change vraiment une consultation : arriver avec des faits écrits plutôt qu'un souvenir. Sept jours suffisent. Notez sans corriger et sans essayer de bien faire pendant ces sept jours, sinon vous mesurez autre chose que votre quotidien.
| Ce qu'il a mangé | Ce qu'il a refusé | Durée du repas, ambiance | |
|---|---|---|---|
| Jour 1 | |||
| Jour 2 | |||
| Jour 3 | |||
| Jour 4 | |||
| Jour 5 | |||
| Jour 6 | |||
| Jour 7 |
Les trois lignes à écrire en bas de la feuille, parce que ce sont celles qui passent le plus mal à l'oral :
- la liste complète de ce qu'il accepte aujourd'hui ;
- ce qu'il mangeait il y a un an et qu'il ne mange plus ;
- ce à quoi la famille a renoncé à cause des repas.
Le PDF est fabriqué dans votre navigateur : rien de ce que vous lisez ou tapez ici ne nous est envoyé. Cette feuille est gratuite et vous n'avez rien à nous laisser pour l'obtenir, pas même une adresse email.
Tout ce qui est au-dessus, vous pouvez le faire sans nous
Le plan est gratuit, imprimable, et il ne demande aucun compte. Si vous le tenez seul jusqu'au bout, tant mieux : c'est exactement ce qu'on vous souhaite.
Voici quand même pourquoi la plupart des parents ne le tiennent pas, et ça n'a rien à voir avec la motivation. Il faut une dizaine de rencontres avec le même aliment, étalées sur des semaines, pendant lesquelles il ne se passe visiblement rien. Personne ne tient un compteur dans sa tête pendant trois semaines pour une courgette. Au septième refus, on range la courgette, et on a l'impression très nette d'avoir tout essayé.
Le jeu ne fait qu'une chose, et il la fait à votre place : il tient le compteur, et il le rend visible pour l'enfant. Chaque aliment goûté devient une créature qui grandit à chaque nouvelle dégustation. À la dixième, elle est apprivoisée. L'enfant ne compte pas pour vous faire plaisir : il compte parce que sa créature évolue.
Ce que votre enfant voit, lui
Vous, vous voyez un compteur. Lui voit une créature qui grandit. C'est la même information, et c'est la seule différence qui compte : il ne goûte pas pour vous faire plaisir, il goûte pour faire évoluer la sienne.
Le brocoli, à la première, à la troisième et à la dixième dégustation. Chaque aliment a la sienne, et il y en a 87 dans le carnet.
- Il choisit son personnage, vous choisissez le premier aliment.
Deux minutes, à deux, le premier soir. Vous fixez ensemble la liste des cadeaux à débloquer, et ils ne sont jamais alimentaires.
- Il goûte dans la journée, vous tamponnez le soir.
Une lichette compte. Recracher compte. Il n'y a rien à peser, rien à photographier, aucune assiette à noter, et le jeu ne se joue pas à table.
- La créature de l'aliment grandit à chaque nouvelle rencontre.
C'est le compteur des dix rencontres, sauf qu'il est tenu à votre place et qu'il est visible par l'enfant. À la dixième, l'aliment est apprivoisé.
- Son personnage à lui monte de ceinture, et le cadeau choisi se débloque.
Ce qui est récompensé, c'est le geste d'avoir goûté. Jamais l'assiette finie, jamais la quantité, et jamais avec de la nourriture.
Ce que ça change pour vous, à table et après
Ce sont les six raisons pour lesquelles les familles restent, dans l'ordre où elles nous les disent.
Plus besoin de vous rappeler si c'était la cinquième ou la huitième fois qu'il voit ce légume. C'est écrit, daté, et ça ne repart pas à zéro parce que la semaine a été mauvaise.
C'est lui qui vient goûter, pour faire évoluer sa créature. Vous sortez du rôle de celui qui insiste, et c'est le seul changement qui désamorce vraiment le repas.
Pas de niveau à finir, pas de notification qui rappelle l'enfant, rien qui tourne pendant qu'on mange. On raconte la journée, on tamponne, on referme.
Le carnet garde ce qu'il a goûté, aliment par aliment. C'est exactement ce qu'on vous demandera en consultation, et c'est la question à laquelle aucun parent ne sait répondre de mémoire.
Chacun son personnage et ses créatures, jusqu'à cinq enfants, sans rien payer de plus. Et le petit frère qui regarde goûte souvent avant qu'on lui demande.
Ça s'ouvre dans le navigateur, sur le téléphone comme sur l'ordinateur. Pas de magasin d'applications, pas de mise à jour, pas de publicité.
Ce qu'on récompense : le fait d'avoir goûté
Jamais l'assiette finie, jamais la quantité. Une lichette compte autant qu'une portion, et recracher compte aussi. C'est le point sur lequel nous ne bougerons pas : dès qu'on récompense l'assiette vide, on retrouve le bras de fer par une autre porte.
Les cadeaux se choisissent en famille, et ils ne sont jamais alimentaires
Pas de dessert en échange d'un légume. Vous fixez la liste ensemble au premier lancement, l'enfant vise ce qu'il a choisi lui-même, et le dessert reste à sa place : au menu, pas au péage.
Deux minutes le soir, et c'est l'enfant qui raconte
Vous tamponnez ce qu'il a goûté, il voit sa créature bouger. Il n'y a rien à remplir, rien à photographier, aucune assiette à noter.
Ce qu'on peut honnêtement dire aujourd'hui
Trois enfants sur trois ont goûté quelque chose de nouveau dans leurs sept premiers jours, avec une médiane de 8 aliments nouveaux par enfant sur la semaine.
Ces chiffres portent sur les trois enfants qui ont réellement sept jours de jeu derrière eux. C'est peu. Nous sommes en avant-première et nous préférons publier un petit nombre vrai plutôt qu'un grand nombre arrondi. Ils sont recalculés automatiquement et vous pouvez revenir voir s'ils tiennent.
Mis à jour le 14 septembre 2026.
Le premier goûtage peut avoir lieu ce soir. Vous choisissez l'aliment, il choisit son personnage, et il n'y a rien à préparer.
Créer mon espace familleGratuit pendant l'avant-première, sans carte bancaire, et tout se supprime en deux clics.
Ce que ce jeu ne fera jamais
- Il ne notera jamais votre enfant sur ce qu'il mange. Il n'y a pas de score d'assiette, pas de classement entre frères et soeurs.
- Il ne vous dira jamais quoi cuisiner ni combien il doit manger. À vous le menu, l'heure et le lieu. À lui de manger ou non, et combien.
- Il ne remplacera jamais un avis médical, et il ne prétend pas soigner quoi que ce soit.
- Il ne demandera jamais le poids ni la taille de votre enfant. Ces deux champs ont existé, ils ont été retirés.
- Il n'y a aucune publicité, et vos données ne sont revendues à personne. Elles sont hébergées en France.
Les questions que vous vous posez
Combien de temps dure la néophobie alimentaire ?
Plus longtemps qu'on ne vous l'a probablement dit. Elle est quasi inexistante avant deux ans, s'installe ensuite, se manifeste de façon rigide entre quatre et sept ans, puis décroît jusque vers dix ou onze ans. Beaucoup de pages annoncent une sortie de phase vers trois ou quatre ans : si c'était le cas, vous ne seriez pas en train de lire ceci.
Une précision importante : décroître au niveau d'une population ne veut pas dire disparaître chez un enfant donné, et surtout pas disparaître sans que rien ne soit fait. Ce qui se joue pendant ces années, ce n'est pas l'attente, ce sont les rencontres.
Les deux études qui ont suivi des enfants dans la durée ne sont d'ailleurs pas d'accord entre elles, et nous préférons vous le dire plutôt que de choisir celle qui arrange. Sur 4 018 enfants suivis de la grossesse à 6 ans, 46 % ont été décrits comme difficiles à un moment, près de deux tiers de ceux qui l'étaient tôt ne l'étaient plus trois ans après, et 4 % l'étaient encore aux trois évaluations (Cardona Cano et coll., 2015). Une autre, plus petite, qui a suivi 120 enfants jusqu'à 11 ans, conclut plutôt à un problème souvent durable : 40 % des épisodes duraient plus de deux ans, et les épisodes longs se distinguaient justement par le refus des aliments nouveaux (Mascola et coll., 2010).
Ce qu'on peut en retenir sans mentir : pour la majorité, ça se rouvre. Pour une minorité, non. Et ce n'est pas la durée écoulée qui vous dit dans quel groupe vous êtes, c'est le sens dans lequel la liste bouge.
Faut-il forcer un enfant à goûter ?
Non, et ce n'est pas un avis. Galloway et ses collègues ont montré en 2006 que la pression fait manger moins, pas plus, et que l'effet dure au-delà du repas où l'on a insisté. Vous ne perdez pas seulement la bataille du soir : vous rendez l'aliment plus difficile pour les fois suivantes.
Proposer n'est pas forcer. On pose, on nomme, on n'insiste pas, et on recommence demain.
Mon enfant ne mange que des pâtes et du pain. Est-ce grave ?
Dans la plupart des cas, non, et c'est l'une des demandes les plus fréquentes qui arrivent sur cette page. Un répertoire réduit à quelques aliments-refuges est le visage le plus courant de la néophobie.
Ce qui compte n'est pas la photo d'aujourd'hui, c'est la trajectoire. Une liste courte mais stable, sur une courbe de croissance qui suit sa ligne, n'a pas le même sens qu'une liste qui se réduit mois après mois. Le test plus haut sur cette page est construit exactement autour de cette différence.
Cacher les légumes dans les plats, bonne ou mauvaise idée ?
Commençons par la partie honnête : ça marche. Un légume mixé dans une sauce qu'il aime, c'est une portion de légume mangée ce soir, et il n'y a aucune raison de le nier.
Ce que ça ne fait pas, c'est lui apprendre à aimer ce légume. Pour apprendre à apprécier un aliment, il faut le reconnaître et savoir qu'on est en train de le manger. Un légume invisible ne compte pas comme une rencontre : il nourrit, il n'apprivoise pas. Et le jour où le subterfuge est découvert, ce qui arrive presque toujours, c'est votre parole à table qui devient suspecte.
Notre position, et nous l'assumons comme une position et pas comme un résultat d'étude : sur cette page, l'aliment se voit, se nomme et se rencontre.
Quelle est la différence entre la néophobie alimentaire et l'ARFID ?
La néophobie est une étape du développement : elle porte sur ce qui est nouveau, elle laisse un répertoire qui tient debout, et elle n'empêche pas l'enfant de grandir normalement.
L'ARFID, ou trouble de restriction et d'évitement de l'ingestion d'aliments, est un diagnostic clinique. Il décrit une restriction qui a des conséquences : perte de poids ou croissance qui décroche, carences, dépendance à des compléments, retentissement social important. On y trouve aussi une forme où l'enfant a peur de manger, de s'étouffer ou de vomir.
Cette page ne pose aucun diagnostic et n'en a pas le droit. Elle sait en revanche vous dire quand ce qu'elle raconte ne suffit plus, et c'est l'objet de la section sur les signaux d'alerte.
Est-ce que c'est de ma faute ?
Non. C'est la question qui revient le plus souvent, et elle mérite une réponse nette plutôt qu'une formule rassurante.
Le refus du nouveau est une étape de développement qui touche une très large part des enfants de cet âge. Elle n'a pas attendu vos choix de diversification pour apparaître, et elle touche des familles qui ont fait des choses très différentes les unes des autres.
Il y a un mécanisme que personne ne nomme, et qui explique pourquoi l'entourage est si sûr de lui. Plus votre enfant est précis dans ses exigences, le fromage seulement râpé, une seule forme de pâtes, la banane entière mais pas en rondelles, plus cela ressemble à du caprice vu de l'extérieur. C'est exactement l'inverse : cette rigidité-là est le symptôme, pas la preuve qu'il vous mène par le bout du nez.
Ce sur quoi vous avez la main, ce n'est pas s'il traverse cette phase : c'est la forme que prennent les repas pendant qu'il la traverse. Ce n'est pas rien, et c'est déjà beaucoup de travail.
Il ne mange rien à la cantine, et je n'ai aucune prise. Que faire ?
C'est une inquiétude très française, et elle est légitime : la cantine est souvent obligatoire quand les deux parents travaillent, et vous n'y avez aucun accès. Deux peurs s'y superposent, et elles n'appellent pas la même réponse.
La première, c'est qu'il ne mange rien le midi. Dans beaucoup de cas il mange mieux qu'à la maison, parce que les autres enfants mangent autour de lui et qu'il n'y a personne pour insister. Demandez à voir la personne qui sert, pas seulement l'enseignant : c'est elle qui sait.
La seconde est plus sérieuse, et c'est celle dont les parents parlent entre eux : la peur qu'on le force. Un enfant forcé une fois à la cantine peut refuser d'y manger pendant des mois. Vous avez le droit de demander, par écrit et sans conflit, qu'on ne le force pas et qu'on le laisse sortir de table sans avoir fini. C'est une demande raisonnable, et elle passe mieux écrite qu'à l'oral dans un couloir.
Il a passé l'âge et ne mange que du mixé, est-ce la même chose ?
Ce n'est pas la même chose que la néophobie, et c'est important de ne pas le confondre. Le refus persistant des morceaux après trois ans, les purées lisses, les aliments qui ne doivent pas se toucher dans l'assiette : ce sont des signes qui orientent plutôt vers le versant sensoriel et l'oralité.
C'est aussi l'un des profils les plus mal accompagnés, parce que tout est mélangé sous l'étiquette « enfant difficile ». Là, n'attendez pas : demandez à votre médecin un bilan d'oralité chez un orthophoniste. C'est exactement ce que ce bilan sert à explorer, il est prescrit par le médecin, et les séances en cabinet sont prises en charge à 60 %.
On m'a laissé entendre que le problème venait de ma relation avec lui. Est-ce vrai ?
Cette réponse existe encore, et elle fait beaucoup de dégâts. Elle arrive souvent au moment précis où le parent a enfin réussi à obtenir un avis spécialisé, ce qui la rend particulièrement dure à encaisser.
Deux choses, sans polémique. Les pédiatres qui décrivent l'hypersélectivité alimentaire la relient à une grande anxiété et à une forte sensibilité sensorielle, pas à la qualité du lien. Et les études de jumeaux situent la part génétique du refus du nouveau entre 58 % et 78 %, avec un poids très faible de l'environnement familial partagé.
Si votre enfant a un antécédent de reflux, de prématurité, d'hospitalisation précoce, ou s'il a des sensibilités marquées ailleurs que dans l'assiette, demandez que le versant sensoriel soit exploré avant toute autre hypothèse. Vous avez le droit de demander un deuxième avis, et ce n'est pas un manque de respect envers le premier.
Est-ce que la néophobie alimentaire se soigne ?
La question se pose souvent sous cette forme, et la réponse commence par une précision de vocabulaire : on ne soigne pas une étape du développement, parce qu'il n'y a pas de maladie à soigner. Il n'existe donc pas de traitement de la néophobie alimentaire, et méfiez-vous de ce qui se présente comme tel.
Ce qui existe, et qui a été mesuré, c'est un protocole : des dégustations minuscules, répétées, sans pression, sur un aliment que l'enfant a choisi lui-même parmi ceux qu'il refuse. C'est ce que fait le plan de 14 jours plus haut sur cette page, et c'est gratuit.
Et ce qui relève vraiment du soin, c'est l'autre situation : celle où la restriction a des conséquences sur le poids, la croissance, les apports ou la vie sociale. Là, il ne s'agit plus de néophobie, il s'agit d'aller voir quelqu'un, et la section sur le parcours de soin vous dit qui et ce que ça coûte.
Le jeu, c'est un écran de plus ?
C'est deux minutes le soir, à deux, pour tamponner ce qui a été goûté dans la journée. Il n'y a pas de niveau à finir, pas de notification qui rappelle l'enfant, pas de monnaie à acheter et rien qui tourne pendant le repas.
Le jeu ne se joue pas à table. Il se joue après, quand on raconte.
C'est payant ?
Aujourd'hui, non, et aucun paiement n'est possible sur le site. Nous sommes en avant-première : l'accès est gratuit, sans carte bancaire.
Après, ce sera 5 euros par mois pour tout le foyer, ou 50 euros à l'année, avec sept jours d'essai sans carte. Un abonnement par famille, tous vos enfants compris. Le détail est sur la page des tarifs, écrit à l'avance pour que personne ne découvre le prix au moment de payer.
Que deviennent nos données, et celles de mon enfant ?
Elles restent en France, chez un hébergeur français. Nous ne demandons ni le poids, ni la taille, ni de photo. Nous ne revendons rien et il n'y a aucune publicité.
Le test de cette page ne transmet rien du tout : il tourne dans votre navigateur, rien de ce que vous cochez ne nous arrive. Le reste est détaillé dans la page confidentialité.
Commencez ce soir, avec un seul aliment
Vous choisissez l'aliment, il choisit son personnage. Le premier goûtage peut avoir lieu dans une heure, et il n'y a rien à préparer.
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