FamilleLégumes · la racine à l'épaule violette
SaisonLes petits navets nouveaux d'avril à juin, les gros d'automne et d'hiver.
Se goûteCru, en rondelles fines comme une pièce, avec du beurre salé, comme des radis. Rôti au four en quartiers, avec les bords dorés. Glacé au beurre, quand il brille. Regarde son épaule violette : c'est la partie qui dépassait de la terre, et c'est le soleil qui l'a colorée. Le reste, caché dessous, est resté tout blanc.
Courage🥦🥦🥦 Il demande un peu de courage, et pas vraiment à cause de son goût : jeune et cru, il est doux et un peu sucré. Ce qui bloque, c'est sa réputation, que les grands lui ont collée bien avant toi.
🤯 Le savais-tu ?Le navet est le seul légume dont le nom sert d'insulte : quand un film est très mauvais, en France, on dit que c'est un navet. Il a récolté cette réputation pendant les guerres, quand il n'y avait presque rien d'autre à manger et qu'on en mangeait tous les jours, bouilli à l'eau. Le pire, c'est que ce n'était même pas de sa faute.
🔒 Le coin des parents
Faire goûter le navet à un enfant qui a déjà décidé que non
Pourquoi le navet, justement, passe si mal
Deux navets très différents portent le même nom, et c'est la première chose à savoir. Le petit navet de printemps, de la taille d'une balle de golf, est tendre, juteux, à peine piquant. Le gros navet d'hiver, lui, a eu le temps de durcir : il devient fibreux au coeur et son goût de moutarde, qui vient de la famille des choux, monte franchement. Ajoutez la cuisson qui l'a rendu célèbre. Le navet est fait surtout d'eau ; bouilli vingt minutes, il la rend, s'affaisse et arrive dans l'assiette pâle et mou. Cette texture-là est le premier motif de refus chez les enfants, avant même le goût.
Et puis il y a ce qui ne se joue pas dans l'assiette. Le navet est le seul aliment de cette série que le parent, très souvent, n'aime pas non plus, et il le dit à table sans y penser. L'enfant n'a alors rien à refuser lui-même : le verdict est déjà rendu, il n'a qu'à le reprendre. Cela dit, ce qui se joue ici n'est pas d'aimer le navet, et c'est une bonne nouvelle. Nicklaus et coll. ont retrouvé 339 enfants observés à la cantine vingt ans plus tôt : ce qui persiste, c'est la recherche de variété, pas le goût pour tel ou tel légume. Un enfant qui accepte d'essayer le navet ne gagne pas le navet, il entretient l'habitude d'essayer.
Ce que vous avez sans doute déjà essayé (et pourquoi ça ne marche pas)
Galloway et coll., Appetite, 2006« Juste une bouchée, tu ne sais même pas si tu aimes »
L'argument est imparable et c'est bien le problème : il est vrai, il est logique, et il ne marche pas. Poussés à manger, les enfants de l'étude de Galloway en mangeaient moins et exprimaient bien plus souvent leur dégoût, et l'effet durait. Sur le navet, la phrase a en plus un défaut particulier : elle demande à l'enfant de démentir quelque chose que la famille répète depuis des années. Ce n'est plus une bouchée, c'est un changement de camp.
Birch & Marlin, Appetite, 1982Le noyer dans le pot-au-feu ou la purée
Regardez la chose en face : c'est déjà ce qui se passe. Votre enfant a probablement avalé des kilos de navet en trois ans, fondu dans des potages et des pot-au-feu, sans jamais le savoir. Et il n'aime toujours pas le navet. C'est la démonstration la plus nette qu'on puisse avoir : le compteur de rencontres ne bouge que si l'enfant sait ce qu'il goûte. Birch et Marlin n'ont pas comparé caché et visible, c'est notre position et pas la leur, mais trois ans de soupes disent la même chose.
Prendre le gros navet d'hiver et le mettre à bouillir
C'est la recette exacte de sa mauvaise réputation, refaite à l'identique. Le gros navet est le plus fibreux et le plus fort, l'eau bouillante lui retire ce qui lui reste de tenue, et le résultat est précisément le souvenir que les adultes gardent de leur cantine. Prenez des navets nouveaux, ceux qui se vendent en botte avec leurs fanes, gros comme une balle de golf. Et sortez-les de l'eau : crus en fines rondelles, ou rôtis au four, où leurs sucres caramélisent et dorent les bords.
La méthode : des rencontres minuscules, sans pression
La dose de départ, c'est une rondelle crue, coupée fine comme une pièce de monnaie dans un petit navet. Elle ne pèse rien, elle se pose à côté de l'assiette sans commentaire, et elle est trop petite pour valoir une discussion.
Le geste qui découple, ici, c'est le croquant. Un dé de navet cru se croque comme un radis, il fait du bruit, et le bruit occupe toute l'attention pendant que le goût passe. Comptez jusqu'à trois à voix haute, puis la serviette : recracher est prévu, dites-le avant qu'il croque et pas après. Beaucoup d'enfants découvrent à ce moment-là que ce légume est croquant, ce qui contredit tout ce que le mot navet leur avait promis.
Sortez-le de l'eau et l'affaire change de nature. Cru en fines rondelles d'abord, parce que c'est là qu'il est le plus ferme et le plus sucré. Rôti au four ensuite, en quartiers, jusqu'à ce que les bords dorent : la chaleur sèche caramélise ses sucres au lieu de les diluer. Glacé au beurre en troisième, quand il brille et devient presque un bonbon. Et gardez ses fanes, ces feuilles vertes vendues avec la botte : elles se cuisinent en soupe, et un enfant qui a arraché les fanes lui-même a déjà touché le légume avant d'en parler.
📌 La règle, la même pour tous les aliments
- Le protocole
- Un mini-goûtage par jour pendant quatorze jours, à la maison, sur un aliment que l'enfant refuse et qu'il a choisi lui-même. C'est ce rythme-là qui est mesuré dans les essais (Wardle, Cooke et coll., Appetite, 2003 ; Fildes et coll., J Acad Nutr Diet, 2014 ; Remington et coll., AJCN, 2012), pas tel ou tel légume en particulier.
- Le compteur
- La préférence suit le nombre de dégustations, et il en faut souvent plus de dix (Birch & Marlin, Appetite, 1982 ; DeCosta et coll., Appetite, 2017). La plupart des parents s'arrêtent à deux ou trois refus, c'est-à-dire juste avant.
- Chacun son rôle
- À vous le menu, l'heure et le lieu. À lui de manger ou non, et combien (Ellyn Satter). Cette frontière-là tient toute la méthode : dès qu'on la franchit, on récupère le bras de fer.
- Ce qu'on récompense
- Le goûtage, jamais l'assiette finie : l'effet d'un autocollant tient encore trois mois (Cooke et coll., Psychological Science, 2011). Et le dessert ne se monnaye pas : l'aliment qui sert de péage perd de la valeur (Newman & Taylor, J Exp Child Psychology, 1992).
- Les jours ratés
- Trois jours sautés : on reprend à l'étape en cours, pas au début. Trois refus de suite : on redescend d'un cran. Et quatorze jours ne sont pas une ligne d'arrivée, ensuite c'est une ou deux rencontres par semaine.
Et si c'est le refus lui-même que vous voulez comprendre plutôt que cet aliment-là, on explique ailleurs pourquoi il refuse de goûter et jusqu'à quel âge. L'autre question, celle de l'âge, a sa propre page : ce qu'on peut attendre à 3, 5, 7 et 10 ans.
Jours 1 et 2Une botte de navets nouveaux posée sur le plan de travail. Il arrache les fanes, lave les navets, cherche l'épaule violette. Aucune mission de goût. Le compteur des goûtages démarre après. Avant 4 ans, pas de cru, ici ni ailleurs dans le plan : les mêmes étapes avec des morceaux cuits jusqu'à s'écraser à la fourchette, à cause des fausses routes.
Jours 3 et 4Une rondelle crue coupée fine, posée à côté de son assiette. À sentir, à lécher. Autocollant dès que la langue a touché.
Jours 5 à 7Un dé de navet cru à croquer comme un radis, avec une pointe de beurre salé. Trois secondes, puis la serviette s'il veut.
Jours 8 à 10Rôti au four en quartiers, bords bien dorés. C'est le passage qui convainc le plus d'enfants : ça ne ressemble plus du tout au navet dont on leur a parlé.
Jours 11 à 13Glacé au beurre et à une goutte de miel, brillant. Il surveille la casserole et annonce quand ça brille.
Jour 14Les navets glacés sur leur purée, ensemble (recette plus haut). Il les pose lui-même sur la purée, bien en vue, et se sert la quantité qu'il veut.
Dans le jeu Les P'tits Goûteurs, le navet a une créature comme tous les autres, sans mention de sa réputation : c'est peut-être le seul endroit où votre enfant le rencontrera sans savoir ce qu'on en pense. Découvrir le jeu (gratuit en avant-première).
Vos questions sur le navet
Pourquoi dit-on d'un mauvais film que c'est un navet ?
Le mot désigne d'abord une oeuvre sans valeur, et le légume a fourni l'image : il a longtemps été la nourriture des périodes de disette, celle qu'on mangeait faute de mieux. La réputation lui est restée bien après les guerres. C'est utile à raconter à table : votre enfant comprend alors qu'il refuse une histoire, pas un goût.
Quelle recette de navet pour un enfant qui n'aime pas ça ?
Les quartiers rôtis au four, bords bien dorés, sont ce qui retourne le plus d'enfants : la chaleur sèche caramélise ses sucres et le résultat ne ressemble en rien au navet bouilli. Juste avant, les rondelles crues au beurre salé plus haut valent le détour, ne serait-ce que pour le bruit.
Navet nouveau ou gros navet d'hiver ?
Le nouveau, sans discussion, tant que la rencontre n'est pas gagnée. On le reconnaît à sa botte, ses fanes vertes et sa taille de balle de golf. Le gros navet d'hiver est plus fibreux et plus fort : il fait de très bonnes soupes, mais ce n'est pas une porte d'entrée.
Les fanes de navet se mangent ?
Oui, et ce sont elles qui portent le plus de calcium dans la botte. Lavées et hachées, elles font une soupe verte avec une pomme de terre, ou se poêlent comme des épinards. Les faire arracher par votre enfant est d'ailleurs la façon la plus simple de lui mettre le légume dans les mains sans lui demander de le goûter.
Je n'aime pas le navet moi-même, je dois faire semblant ?
Surtout pas, il le verrait. Mais évitez de rendre le verdict à voix haute devant lui : dites plutôt que vous ne l'avez jamais mangé autrement que bouilli, et goûtez le rôti en même temps que lui. Beaucoup de parents changent d'avis à cette étape, ce qui est de loin la meilleure des démonstrations.
📚 Nos sources
Chaque affirmation de cette page qui vient d'une étude ou d'une agence sanitaire renvoie ici. Les liens ouvrent la source elle-même, pas un article qui la résume.
🩺 Les P'tits Goûteurs est un jeu, pas un dispositif médical. Il ne remplace ni l'avis, ni le suivi, ni les recommandations de votre médecin, de votre pédiatre ou d'un diététicien. Si l'alimentation de votre enfant vous inquiète (paniques, vomissements, liste d'aliments qui rétrécit), parlez-en d'abord à votre pédiatre.
Le jeu
Et si c'était le jeu qui insistait, à votre place ?
Vous connaissez la scène : l'assiette qui recule, la bouchée qu'on négocie, le dessert qui devient une monnaie d'échange. Votre enfant n'est pas difficile, et vous ne vous y prenez pas mal. Le goût d'un aliment se construit par des rencontres répétées, et il en faut souvent plus de dix. La plupart des parents s'arrêtent à trois, non par manque de patience, mais parce que rien ne leur dit qu'ils avancent.
Les P'tits Goûteurs déplace l'effort. L'enfant goûte, même une pointe, même recrachée, et il note sa rencontre. À chaque goûtage, sa créature grandit et change de forme : c'est elle qui tient le compte des dix rencontres, et c'est elle qui donne envie de recommencer demain. Vous n'avez plus rien à obtenir ni à négocier. Vous décidez de ce qu'il y a sur la table, il décide de ce qu'il met dans sa bouche.
Ce que le jeu ne fera jamais : féliciter une assiette finie. On récompense le fait d'avoir goûté, jamais la quantité. C'est exactement ce qui sépare les protocoles qui font aimer un aliment de ceux qui en dégoûtent.
🔬 Fondé sur les études citées sur cette page
🙅 Aucune assiette à finir
🌙 Deux minutes le soir
Découvrir Les P'tits Goûteurs
Gratuit, en avant-première, sur invitation. Aucune carte bancaire.