FamilleLégumes · plusieurs plantes sous un même mot 🥬
SaisonToute l'année, mais jamais la même : les laitues de plein champ de mai à octobre, puis l'hiver, la mâche, l'endive et les chicorées prennent le relais.
Se goûteCrue, presque toujours : c'est un des rares légumes qu'on ne fait presque jamais cuire. En feuilles du coeur, pâles et tendres, déchirées à la main, avec la sauce à côté dans un petit bol et jamais versée dessus. Les grandes feuilles entières et les côtes croquantes, quand on est grand (4 ans et plus).
Courage🥦🥦🥦 Il en demande un peu. Bonne nouvelle : très souvent, ce n'est pas la feuille qui coince, c'est la sauce. Goûte-la nature une fois, tu verras.
🤯 Le savais-tu ?Une laitue, ce n'est pas une plante finie : c'est une plante qu'on cueille avant la fin. Si on la laisse dans la terre, elle pousse une longue tige, ouvre des petites fleurs jaunes et se remplit d'un lait blanc et amer. C'est ce lait qui lui a donné son nom : laitue. Les jardiniers disent alors qu'elle est montée en graine. Ta laitue du dîner a donc été ramassée exprès avant de fleurir.
🔒 Le coin des parents
Faire goûter la salade à un enfant qui refuse (la sauce à part)
Pourquoi la salade, justement, passe si mal
Sous le mot salade, on range des plantes qui n'ont ni le même goût ni la même famille. La frisée et la scarole sont des chicorées, et l'amertume vient avec : franche chez la frisée, bien plus douce chez la scarole, plus haute encore chez le pissenlit. Les maraîchers lient ou couvrent d'ailleurs le coeur des frisées une dizaine de jours avant la récolte, justement pour le blanchir et en faire tomber l'amertume. La roquette, elle, pique avant d'être amère : ce n'est pas une chicorée mais une crucifère, comme la moutarde. Même une laitue change : quand elle monte en graine, sa tige se remplit d'un latex blanc et amer, ce lait qui lui a donné son nom.
L'âge fait le reste. La méfiance envers l'inconnu grimpe toute la petite enfance et culmine vers 6 ans : les enquêtes irlandaises la retrouvent alors chez 68,5 % des enfants de cet âge (Hazley et coll., Appetite, 2022), tendance de population et non pronostic individuel. Elle vise ce qui n'est pas identifiable. Or la salade arrive presque toujours à table déjà assaisonnée et déjà mélangée : les feuilles collent, la sauce est partout, on ne peut rien trier.
Ce que vous avez sans doute déjà essayé (et pourquoi ça ne marche pas)
Galloway et coll., Appetite, 2006« Goûte au moins la salade » : la pression
Le résultat va contre l'intention : dans l'étude de Galloway, les enfants qu'on pousse finissent par en avaler moins, à en dire plus de mal, et l'effet leur reste. La salade a ceci de particulier qu'elle revient presque tous les soirs, servie en même temps que le reste : la phrase se répète à chaque dîner, et la négociation dure pendant que le plat refroidit. Retirez l'obligation, laissez le saladier sur la table.
Birch & Marlin, Appetite, 1982La noyer sous la sauce et le fromage râpé
Version salade du camouflage : on ne mixe pas une feuille, on la recouvre. Birch et Marlin ont montré que la préférence suit le nombre de dégustations, et une dégustation ne compte que si l'enfant sait ce qu'il goûte. Noyée d'avance, la feuille n'a pas été goûtée : c'est la sauce qui l'a été. Même geste que la vinaigrette versée sur les carottes râpées. Caché contre visible, ils ne l'ont pas comparé : la position est la nôtre.
Conclure « il n'aime pas ça » après une seule variété
Un refus de frisée devient un refus de salade, puis une case rayée. Entre une frisée et un coeur de sucrine, l'écart de goût dépasse celui qui sépare deux légumes différents. Refaites le test au plus simple : une feuille du coeur, nature, rien dessus. Si celle-là passe, ce n'est pas la salade qu'il refusait.
La méthode : des rencontres minuscules, sans pression
Ni une portion, ni même une feuille entière : un morceau déchiré à la taille d'un timbre. La feuille se déchire entre deux doigts, sans couteau et sans balance : ce bout-là n'a plus la forme d'une part, et c'est la part qui se discute à table.
Goûter n'est pas avaler, et ici le geste qui débloque commence dans l'évier. Confiez-lui l'essoreuse : il lave, il remplit, il tourne à fond, il ouvre pour vérifier que c'est sec. Aucune feuille n'est entrée dans sa bouche, et il vient de passer cinq minutes seul avec elles. Deuxième geste : la sauce dans un bol devant lui, jamais versée sur le saladier. Il trempe la pointe, ou pas.
Ensuite l'ordre compte. Les feuilles du coeur d'abord, pâles et tendres, tenues à la main ; puis la même avec la sauce à côté ; puis la côte croquante d'une romaine ; le saladier mélangé en dernier. Écartez les feuilles molles de fond de sachet : c'est le croquant qui paie la mâchoire de son effort. Gardez la jeune pousse d'épinard pour plus tard : c'est la même feuille verte crue, qui se mange en salade elle aussi. Ce qui les sépare vient après : cuit, l'épinard perd son eau et un saladier entier finit en trois cuillères, alors que la salade, elle, ne passe presque jamais par la casserole.
📌 La règle, la même pour tous les aliments
- Le protocole
- Un mini-goûtage par jour pendant quatorze jours, à la maison, sur un aliment que l'enfant refuse et qu'il a choisi lui-même. C'est ce rythme-là qui est mesuré dans les essais (Wardle, Cooke et coll., Appetite, 2003 ; Fildes et coll., J Acad Nutr Diet, 2014 ; Remington et coll., AJCN, 2012), pas tel ou tel légume en particulier.
- Le compteur
- La préférence suit le nombre de dégustations, et il en faut souvent plus de dix (Birch & Marlin, Appetite, 1982 ; DeCosta et coll., Appetite, 2017). La plupart des parents s'arrêtent à deux ou trois refus, c'est-à-dire juste avant.
- Chacun son rôle
- À vous le menu, l'heure et le lieu. À lui de manger ou non, et combien (Ellyn Satter). Cette frontière-là tient toute la méthode : dès qu'on la franchit, on récupère le bras de fer.
- Ce qu'on récompense
- Le goûtage, jamais l'assiette finie : l'effet d'un autocollant tient encore trois mois (Cooke et coll., Psychological Science, 2011). Et le dessert ne se monnaye pas : l'aliment qui sert de péage perd de la valeur (Newman & Taylor, J Exp Child Psychology, 1992).
- Les jours ratés
- Trois jours sautés : on reprend à l'étape en cours, pas au début. Trois refus de suite : on redescend d'un cran. Et quatorze jours ne sont pas une ligne d'arrivée, ensuite c'est une ou deux rencontres par semaine.
Et si c'est le refus lui-même que vous voulez comprendre plutôt que cet aliment-là, on explique ailleurs pourquoi il refuse de goûter et jusqu'à quel âge. L'autre question, celle de l'âge, a sa propre page : ce qu'on peut attendre à 3, 5, 7 et 10 ans.
Jours 1 et 2L'essoreuse, sans mission de goûter. Il lave et essore pour toute la table, et met les plus pâles de côté. Avant 4 ans, pas de feuille entière ni de côte croquante, ici ni ailleurs dans le plan : les mêmes étapes avec des morceaux de feuille tendre déchirés à la taille d'un timbre, à cause des fausses routes.
Jours 3 et 4Un morceau de feuille du coeur, nature, grand comme un timbre, à côté de son assiette. Sentir, lécher, mordre : autocollant dès que la langue a touché.
Jours 5 à 7La sauce entre en scène, dans un bol à lui. Yaourt, huile d'olive, une goutte de citron : ni vinaigre ni moutarde. Il trempe la pointe, il dose.
Jours 8 à 10La côte croquante : le bas d'une romaine, ou une sucrine fendue en deux, tenue à la main comme une chips.
Jours 11 à 13Le saladier arrive entier, mais pas assaisonné. Vous versez la sauce sur votre part devant lui. Il verse la sienne, ou pas.
Jour 14Les bateaux de laitue, ensemble (recette plus haut). Il garnit ses feuilles et se sert, même une seule.
C'est ce que fait Les P'tits Goûteurs : votre enfant note chaque rencontre, même une feuille à peine trempée, et sa créature grandit. Le compteur, ce n'est plus vous. Découvrir le jeu (gratuit en avant-première).
Vos questions sur la salade
Quelle recette de salade pour un enfant qui n'aime pas ça ?
Celle où la sauce reste dans un bol et où il tient la feuille lui-même. Partez d'un coeur de laitue beurre ou d'une sucrine, jamais d'une frisée. Dans les bateaux de laitue plus haut, la feuille porte le repas au lieu de l'accompagner.
Faut-il mettre de la vinaigrette ou la servir nature ?
Nature d'abord, au moins une fois, sinon vous ne saurez jamais ce qu'il refuse. Le vinaigre et la moutarde ajoutent une acidité et un piquant qu'il n'a pas demandés, et beaucoup d'enfants butent là plutôt que sur la feuille. Faites-la douce ensuite, servie à côté.
Est-ce qu'on peut faire cuire la salade ?
Oui, et c'est une bonne surprise : braisée quelques minutes au beurre, la laitue fond et s'adoucit, comme dans les petits pois à la française où elle mijote avec eux. Mais c'est l'exception, et c'est ce qui la distingue des autres feuilles vertes : la salade se mange presque toujours crue.
Est-ce grave s'il ne mange jamais de salade ?
Non, rien ne se joue sur une feuille : d'autres légumes verts apportent la même chose, et il n'y a aucune portion à rattraper. Ce qui se joue est ailleurs. La feuille verte crue est une catégorie entière du goût, celle du végétal cru, un peu amer, qu'il faut mâcher longtemps. C'est cette catégorie-là qu'on garde ouverte, pas la salade du soir.
📚 Nos sources
Chaque affirmation de cette page qui vient d'une étude ou d'une agence sanitaire renvoie ici. Les liens ouvrent la source elle-même, pas un article qui la résume.
🩺 Les P'tits Goûteurs est un jeu, pas un dispositif médical. Il ne remplace ni l'avis, ni le suivi, ni les recommandations de votre médecin, de votre pédiatre ou d'un diététicien. Si l'alimentation de votre enfant vous inquiète (paniques, vomissements, liste d'aliments qui rétrécit), parlez-en d'abord à votre pédiatre.
Le jeu
Et si c'était le jeu qui insistait, à votre place ?
Vous connaissez la scène : l'assiette qui recule, la bouchée qu'on négocie, le dessert qui devient une monnaie d'échange. Votre enfant n'est pas difficile, et vous ne vous y prenez pas mal. Le goût d'un aliment se construit par des rencontres répétées, et il en faut souvent plus de dix. La plupart des parents s'arrêtent à trois, non par manque de patience, mais parce que rien ne leur dit qu'ils avancent.
Les P'tits Goûteurs déplace l'effort. L'enfant goûte, même une pointe, même recrachée, et il note sa rencontre. À chaque goûtage, sa créature grandit et change de forme : c'est elle qui tient le compte des dix rencontres, et c'est elle qui donne envie de recommencer demain. Vous n'avez plus rien à obtenir ni à négocier. Vous décidez de ce qu'il y a sur la table, il décide de ce qu'il met dans sa bouche.
Ce que le jeu ne fera jamais : féliciter une assiette finie. On récompense le fait d'avoir goûté, jamais la quantité. C'est exactement ce qui sépare les protocoles qui font aimer un aliment de ceux qui en dégoûtent.
🔬 Fondé sur les études citées sur cette page
🙅 Aucune assiette à finir
🌙 Deux minutes le soir
Découvrir Les P'tits Goûteurs
Gratuit, en avant-première, sur invitation. Aucune carte bancaire.